sexta-feira, 17 de fevereiro de 2012

Pourquoi veulent-ils casser l’école ?


Pourquoi veulent-ils casser l’école ?
par Christian Laval, septembre 2011
En septembre 2007, à peine élu président de la République, M. Nicolas Sarkozy avait exprimé dans une « Lettre aux éducateurs » son souhait d’une école avec « moins de professeurs ». Et, pour une fois, la promesse a été tenue, avec la suppression de seize mille postes d’enseignant en 2011 et 2012, ce qui devrait conduire à la destruction de quatre-vingt mille postes en cinq ans dans l’enseignement primaire et secondaire. Cette véritable saignée suscite colère et inquiétude chez les enseignants, mais aussi chez les parents d’élèves et, désormais, chez les maires, y compris ceux de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). L’annonce de la fermeture de mille cinq cents classes du primaire à la rentrée 2011 a soulevé l’indignation : « Trop c’est trop, on ne peut plus continuer à supprimer des postes dans l’enseignement (1)  ! », s’est ainsi exclamé M. Jean-Pierre Masclet, le président UMP de l’Association des maires du Nord.
Même l’enseignement privé, pourtant moins touché en proportion par ces coupes dans les effectifs, se met à donner de la voix. M. Eric de Labarre, secrétaire général de l’enseignement catholique, estime que cette politique « conduit enseignement public et enseignement privé dans une impasse en 2011 et à un blocage en 2012 (2) ». Inspecteurs d’académie chahutés lors des conseils départementaux de l’éducation nationale, carte scolaire refusée par des élus de tous bords, préaux occupés de jour et parfois de nuit, kermesses transformées en assemblées générales, banderoles accrochées sur les façades de nombreuses écoles : le printemps 2011 a connu une jacquerie scolaire dans toutes les régions de France.
« On ne peut pas concevoir l’éducation des enfants selon un simple rapport comptable » : quand ce ne sont plus les syndicats d’enseignants qui le disent, mais les parents, c’est-à-dire des électeurs, la chose devient plus risquée pour le gouvernement. L’école primaire n’est pas la seule touchée. Les effectifs en sixième vont monter en flèche dans beaucoup de collèges dès la rentrée 2011 ; un document du ministère daté de mai 2010 appelait les recteurs à identifier les « leviers d’efficience » (sic) et les incitait à calculer le nombre de classes « économisées » s’ils parvenaient à augmenter les effectifs de un à cinq élèves (3).
« Laura a trouvé le poste de ses rêves »
Après la suppression des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) et de l’année de formation des nouveaux enseignants stagiaires, après la quasi-liquidation de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans, la poursuite d’une telle politique est de plus en plus insupportable pour les personnels et les usagers de l’éducation nationale. Leurs mobilisations semblent avoir fini par payer : le 21 juin dernier, M. Sarkozy a annoncé le gel des fermetures de classes « hors démographie » dans le primaire pour 2012. L’approche de l’élection présidentielle n’est sans doute pas étrangère à ce changement d’orientation qui, d’ailleurs, ne suffira pas à effacer le bilan de cinq ans de sarkozysme scolaire.
« Laura a trouvé le poste de ses rêves » ; Julien, lui, « a trouvé un poste à la hauteur de ses ambitions ». La campagne publicitaire pour le métier d’enseignant, par voie de presse et à grands frais (1,35 million d’euros), du ministère de l’éducation nationale au printemps 2011 ne dit pas seulement la vision sexiste d’un monde social dans lequel les femmes ont des « rêves » et les hommes de l’« ambition ». Elle constitue aussi un parfait déni de réalité de la part d’un gouvernement décidé à déstabiliser la condition professorale par la généralisation de la précarité (4).
Le gel du point d’indice des fonctionnaires pendant trois ans conduira à une nouvelle diminution de 5 à 10 % de leur pouvoir d’achat, sans compter les effets de l’augmentation du taux de cotisation à la retraite. Cet appauvrissement délibéré n’est certes pas nouveau, puisqu’il a commencé avec les mesures de désindexation des traitements par rapport à l’évolution des prix adoptées par M. Jacques Delors au début des années 1980, mais il a tendance à s’accélérer et à s’accentuer ces dernières années : selon les calculs des économistes Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane et Robert Gary-Bobo, « la valeur des carrières des agrégés du secondaire et des professeurs des universités (…) a baissé d’environ 20 % entre 1981 et 2004 (5) ».
On comprend mieux alors le déclin rapide de l’attractivité du métier, qu’aucune campagne de propagande publicitaire n’enrayera. Un jeune certifié commence avec un salaire net de 1 500 euros par mois, pour finir sa carrière, trente à quarante ans plus tard, avec moins de 3 000 euros mensuels ; un maître de conférences, après avoir suivi un parcours particulièrement sélectif aujourd’hui, débute avec un traitement de 1 700 euros par mois et peut espérer atteindre autour de 3 500 euros à la veille de la retraite, soit le salaire d’un débutant à la sortie d’une école de commerce de bonne réputation.
Exfiltrer les professeurs réfractaires
Et le métier lui-même est rendu de plus en plus difficile, complexe, usant, anxiogène. La dégradation de l’image de la profession enseignante se fait sentir aux concours de recrutement, où le nombre de candidats s’effondre depuis une dizaine d’années dans les disciplines scientifiques, mais également en anglais ou en lettres classiques. En 2011, les candidats en mathématiques sont presque aussi nombreux que les postes au concours. La directrice des ressources humaines du ministère, Mme Josette Théophile, a dû piteusement admettre que près de mille places aux concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (capes) externe n’avaient pu être pourvues cette année (6). Et, pour pourvoir les postes vacants, le ministère recrute toujours plus d’enseignants vacataires, payés à l’heure, qui n’ont souvent reçu aucune formation adaptée et qui ne bénéficient pas de la même protection sociale que les fonctionnaires.
Les récentes réformes n’ont fait qu’accélérer une tendance longue qui vise à transformer profondément le fonctionnement de l’école, ses modes de régulation et ses objectifs. Mais M. Sarkozy a choisi la manière forte, en détériorant délibérément les conditions d’enseignement et d’apprentissage pour mieux imposer ses projets. L’actuel secrétaire d’Etat chargé du logement Benoist Apparu avait vendu la mèche lors d’un « chat » sur le site du Monde, le 20 mai 2009. Il s’était alors dit « convaincu que la suppression de postes obliger [ait] l’institution à s’interroger sur elle-même et à se réformer ». « Seule la baisse des moyens obligera l’institution à bouger », avait-il ajouté.
Après la mise en route de l’« université entreprise », recommandée par l’Union européenne, c’est au tour de l’enseignement primaire et secondaire de se soumettre à la norme de l’employabilité, de l’efficacité, de la performance (7). Dans l’optique des réformateurs actuels, tout, jusqu’à la pédagogie, doit se calquer sur le monde économique, car l’école ne fait rien d’autre que produire le « capital humain » et les « compétences de base » qui lui sont nécessaires. Cette logique normative, supposée faire passer l’efficacité avant tout, est aujourd’hui portée par une hiérarchie intermédiaire de plus en plus centralisée et censée appliquer rigoureusement toutes les réformes, mesures et consignes reçues d’en haut. Le temps le plus noir de l’autoritarisme dans l’enseignement semble revenu. A l’instar du militaire, le professeur devra- t-il obéir en tout au gouvernement, représenté par un inspecteur d’académie, un principal ou un proviseur. A cet égard, la ligne de l’UMP est claire : la restauration de l’autorité, c’est d’abord celle de la hiérarchie sur les personnels. Elle a été affirmée martialement par M. Gérard Longuet, alors président du groupe UMP au Sénat, lors du « Rendez-vous pour la France » du 3 novembre 2010 : « Il faut un patron qui puisse rentrer dans les classes et exfiltrer les enseignants en rupture avec le projet de l’établissement. »
L’égalité n’est plus une finalité
Ce nouvel esprit disciplinaire se traduit par l’abandon des objectifs égalitaires, jugés contre-productifs. L’école doit se délester de tout ce qui diminue son rendement, à commencer par les élèves perturbateurs, qui seront « exfiltrés » vers des établissements de réinsertion scolaire (ERS), dont les premières expériences ont pourtant été catastrophiques (8). Pour la droite, qui a mal digéré le collège unique, l’égalité n’est plus une finalité. Se débarrasser au plus vite des élèves les moins performants en les dirigeant vers l’apprentissage à la fin de la cinquième pourrait être une solution tentante. La suppression de la carte scolaire doit permettre la constitution d’établissements d’excellence qui draineront les meilleurs. Quant aux bourses, plus question de les distribuer automatiquement en fonction de la situation des parents : elles doivent être accordées aux élèves certes pauvres mais aussi « méritants ». Un pas de plus est franchi quand les descendants d’immigrés sont accusés de faire baisser les résultats. Le ministre de l’intérieur, M. Claude Guéant, n’a pas hésité à déclarer le 25 mai 2011 sur Europe 1, et ceci en contradiction avec tous les travaux sérieux sur la question, que « les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés ». Un propos vite relayé par la rectrice de l’académie d’Orléans, Mme Marie Reynier, qui affirmait quelques jours plus tard : « Si on enlève des statistiques les enfants issus de l’immigration, nos résultats ne sont pas si mauvais ni si différents de ceux des pays européens (9). »
Pour définir un projet progressiste, il importe de comprendre enfin que nous sommes entrés dans un âge inédit de l’institution : celui de la nouvelle école capitaliste.
Christian Laval
Sociologue, coauteur de La Nouvelle Ecole capitaliste, La Découverte, Paris, 2011.
(1) «  Denis Peiron, «  “Pour un maire, une classe qui ferme, c’est toujours un drame”  », La Croix, Paris, 27 mai 2011.
(2) Isabelle Ficek, «  Suppressions de postes : fin de non-recevoir de Chatel au privé  », Les Echos, Paris, 21 avril 2011.
(3) «  Schéma d’emplois 2011-2013  », ministère de l’éducation nationale, 5 mai 2010.
(4) Gilles Balbastre, «  Feu sur les enseignants  », Le Monde diplomatique, octobre 2010.
(5) Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane et Robert Gary-Bobo, «  Les traitements des enseignants français, 1960-2004 : la voie de la démoralisation  ?  », Revue d’économie politique, Paris, mai-juin 2007.
(6) «  Des centaines de postes d’enseignant non pourvus, faute de candidats admis  », 12 juillet 2011, www.lemonde.fr
(7) Nico Hirtt, «  En Europe, les compétences contre le savoir  », Le Monde diplomatique, octobre 2010.
(8) Pierre Duquesne, «  ERS de Nanterre, chronique d’un échec annoncé  », L’Humanité, Saint-Denis, 18 juillet 2011.
(9) «  «  Cette académie manque d’ambition  »  », La Nouvelle République, Tours, 17 juin 2011.

sábado, 11 de fevereiro de 2012

Ciclo de Conferências Filosofia e condição tecnológica - 2.ª Sessão | A bioética como novo direito natural? (Luísa Neto, FLUP, 22 de fevereiro- 17h30)



Ciclo de Conferências Filosofia e condição tecnológica

2.ª Sessão | A bioética como novo direito natural?

Luísa Neto – Faculdade de Direito da Universidade do Porto

 

 

 

22 de fevereiro | 17h30

Sala do Departamento de Filosofia (Torre B - Piso 1) | FLUP

 

 

O Grupo de Investigação Philosophy and Public Space do Instituto de Filosofia da Faculdade de Letras da Universidade do Porto tem o prazer de convidar V. Exa. para a 2.ª sessão do Ciclo de Conferências (2011-2012) Filosofia e condição tecnológica, que contará com a conferência A bioética como novo direito natural?, proferida pela Professora Luísa Neto (FDUP) e comentada por Ana Carina Vilares (GFE/IF).

 

No contexto dos avanços cientifícos e tecnológicos, a bioética inaugura, ainda no século XX, "a combinação dos conhecimentos biológicos e dos valores humanos" (Van Rensselaer Potter, 1972). Ao longo das últimas décadas assistimos à era da bioética ou à hora da bioética, uma temática grandiosa e diversificada, cujo campo de jurisdição e de ação é difícil de enquadrar. Da dignidade humana aos direitos humanos, a bioética cruza hoje vários princípios, e valores, tanto do direito como da filosofia, ambos na procura da legitimidade da investigação e do conhecimento científicos. A conferência A bioética como novo direito natural?, proferida por Luísa Neto, partirá então de duas afirmações e de uma pergunta, tanto jurídica quanto filosófica: "nem tudo o que não é punido é lícito, nem tudo o que não é proibido é lícito: devemos fazer algo apenas porque é possível?"

 

Luísa Neto é licenciada pela Faculdade de Direito da Universidade de Lisboa (1994) e doutorada pela Faculdade de Direito da Universidade do Porto (2003). Dissertação publicada: O direito à disposição sobre o próprio corpo - a relevância da vontade na configuração do regime, Coimbra Editora, 2004.

É Professora Associada da Faculdade de Direito da Universidade do Porto e Diretora do Mestrado em Direito da mesma Faculdade. É membro do Conselho Pedagógico do Centro de Estudos Judiciários, designada por eleição da  Assembleia da República, e Vogal da Direção da Associação Portuguesa de Apoio à Vítima. As suas principais áreas científicas de interesse/investigação/formação são: Direito Constitucional, Direitos Fundamentais, Direito Administrativo, Direito da Comunicação Social, Direito Médico e Bioética.

 

 

[Entrada livre]

 

Com os melhores cumprimentos,
Paula Cristina Pereira
Investigadora Responsável do Grupo de Investigação Philosophy and Public Space

 

 


Ciclo de Conferências
(2011-2012)

Filosofia e condição tecnológica

Considerada como a última grande fé do homem, alvo de discursos apocalípticos ou de elegias entusiásticas, a tecnologia é parte integrante da nossa época. Para além de experimento e de modalidade de conhecimento, a tecnologia cruza-se com a condição antropológica contemporânea, manifestando-se na constituição das subjetividades e nos processos de socialização. Uma apropriação reflexiva do fenómeno tecnológico permitirá analisar as suas implicações na vida social e nas subtis transformações operadas na esfera intelectual, de modo a configurarem-se horizontes comuns para o debate crítico e revisitarem-se, numa reflexão interdisciplinar, as coordenadas semânticas e ontológicas, sempre provisórias, da condição tecnológica do anthropos.


Objetivos gerais:

1. Promover a construção interdisciplinar do debate crítico na comunidade académica e na sociedade;

2. Contribuir para uma maior intervenção do pensamento filosófico no espaço do conhecimento tecnológico e científico, bem como no espaço público contemporâneo. 

 

 

 

____________________________________________
Instituto de Filosofia (UI& D502)
Faculdade de Letras da Universidade do Porto
Via Panorâmica s/n
4150-564 Porto
Tel. 22 607 71 80
E-mail:
ifilosofia2@letras.up.pt
http://ifilosofia.up.pt/

 


Combien le tabagisme passif tue-t-il de personnes chaque année ?


Combien le tabagisme passif tue-t-il de personnes chaque année ?
LEMONDE.FR | 10.02.12 | 19h13   •  Mis à jour le 10.02.12 | 19h33


Des poumons noircis, des dents avariées, un goître affreux : depuis avril 2011, les paquets de cigarettes français arborent des images chocs censées convaincre les fumeurs d'arrêter.

Combien le tabagisme passif tue-t-il de personnes chaque année en France ? Le ministère de la santé semble éprouver quelques difficultés pour apporter une réponse claire à cette question, alors que la loi anti-tabac, entrée en application en 2007 puis en 2008 sur l'argument de ce qui était alors décrit comme un "problème de santé publique", montre des résultats mitigés.

En novembre 2006, au moment de défendre l'entrée en vigueur du décret interdisant de fumer sur le lieu de travail, puis dans tous les lieux publics, Xavier Bertrand, alors ministre de la santé, avait systématiquement expliqué que le tabagisme passif causait la mort de 6 000 personnes chaque année.

Ce chiffre faisait partie de tous ses argumentaires – ici, par exemple, dans un discours de novembre 2006 pour présenter le décret (PDF). L'interdiction de fumer dans les lieux publics devait permettre de réduire ce nombre. Pourtant, en se référant à la source à laquelle il avait tiré cette statistique, le gouvernement ne pouvait pas espérer sauver des volutes assassines plus de... 107 non-fumeurs.

Une étude contestable
Pour le comprendre, il faut revenir à l'étude européenne où le chiffre des 6 000 morts trouve son origine. Publiée en 2006, celle-ci s'intitule "Lifting the smokescreen", "Lever l'écran de fumée" (en anglais, en PDF). Donnant des chiffres très précis, ses auteurs dénombrent 5 863 morts dues au tabagisme passif, en France, en 2002.

Les 5 863 morts avancées par cette étude sont une estimation statistique. En effet, pour attribuer un décès au tabagisme passif, il faudrait mener une enquête approfondie sur le mort afin de connaître tous les moments de sa vie où il a été exposé au tabac, et dans quelles proportions... C'est pourquoi les résultats, pourtant formulés à l'unité près, sont une estimation basée sur d'autre statistiques (nombre de fumeurs, temps d'exposition au domicile, au travail...)

De la distinction entre fumeurs et non-fumeurs
Mais de manière plus troublante, cette étude établit aussi une distinction, au sein même des victimes du tabagisme passif, entre... les fumeurs et les non-fumeurs. Les auteurs n'expliquent nulle part comment déterminer qu'un fumeur est mort de tabagisme passif plutôt que de son propre tabagisme actif, mais cela ne les empêche pas de livrer ce tableau concernant la France :


Nombre de décès de non-fumeurs attribuables au tabagisme passif en France en 2002, selon l'étude européenne "Lifting the Smokescreen".Etude "Lifting the Smokescreen"
En France, donc, le total des non-fumeurs tués par le tabagisme passif ne s'élèverait pas, comme on pouvait le croire, à 6 000, mais à 1 114. Et si l'on ne considère que les travailleurs non-fumeurs, le total serait de 107. Une lecture attentive de cette étude, dont la méthodologie a été plusieurs fois critiquée par les professeurs Robert Molimard, tabacologue, ou Philippe Even, pneumologue, aurait dû inciter le gouvernement à davantage de prudence quand il a construit son argumentaire autour de ces 6 000 victimes supposées.

De 6 000 à 5 000 morts
Aujourd'hui, sur son site consacré à l'arrêt du tabac, le ministère de la santé livre une autre estimation : 5 000 morts. Lorsqu'on l'interroge sur la provenance de ce chiffre, le ministère redirige vers la Fédération française de cardiologie. L'ancien président de celle-ci, le professeur Daniel Thomas, affirme que son organisme n'a jamais avancé un tel nombre.

Il l'a pourtant bien fait, le 3 octobre 2006, dans un communiqué de presse qui affirmait que "le tabagisme passif représente 5 000 décès par an en France (soit l'équivalent du nombre de décès par accidents de la route en 2005), dont 3 000 sont d'origine cardiovasculaire".

Aujourd'hui, le professeur Thomas se réfère à une étude de l'académie de médecine de 1997, à laquelle il a contribué, et qui était parvenue à la conclusion que le tabagisme passif causait de 2 500 à 3 000 victimes en France. Mais cette étude a également été critiquée par le professeur Molimard, qui lui a reproché d'être une extrapolation à partir de données américaines, alors que les maladies cardio-vasculaires sont plus courantes aux Etats-Unis.

"Personne n'est capable de donner un nombre précis", reconnaît aujourd'hui le professeur Thomas, qui estime qu'il vaut mieux, pour avoir "une idée la plus honnête possible des choses", s'en tenir à l'augmentation, constatée elle, du risque d'infarctus chez les non-fumeurs fréquentant un fumeur. Des dangers existent donc, même si le gouvernement, en mettant en avant des chiffres approximatifs, n'a pas contribué à préciser leur ampleur.

Franz Durupt

Prépas, l'excellence au prix fort


Dans une classe du lycée Marceau à Chartres.
Dans une classe du lycée Marceau à Chartres.Cyril Mariclhacy pour Le Monde.fr

La France a l'amour vache. En envoyant ceux qu'elle considère comme les meilleurs de ses enfants en classes préparatoires aux grandes écoles, elle leur inflige un régime dont la rigueur étonne ailleurs, dans les pays nordiques et anglo-saxons notamment. Pour un pays qui s'autoflagelle si volontiers au motif qu'on n'y travaillerait pas assez, c'est remarquable.

A peine sortis d'un bac auquel ils ont généralement obtenu une mention "Bien" ou "Très bien", sélectionnés avant l'examen sur leur parcours scolaire, ces jeunes de 17 à 20 ans vont connaître, pendant deux ans, parfois trois, des semaines de travail de soixante heures en moyenne (autour de 35 heures de cours, le reste chez eux). Ils seront évalués avec sévérité. Leurs enseignants utilisent volontiers un arsenal de méthodes pédagogiques qu'ils ont eux-mêmes connues, et qui sont destinées à endurcir : contrôles longs et fréquents, notes très basses, classements permanents.
Leur vie sociale se réduira souvent à leur entourage familial et scolaire. Beaucoup seront amenés à abandonner la musique, le sport ou le théâtre. On leur demandera de se consacrer avec une exclusivité jalouse à un apprentissage des savoirs et des méthodes afin de pouvoir reproduire avec la plus grande rapidité les modèles académiques. Ce dispositif conduit à une série de concours, au terme desquels un certain nombre intégreront les grandes écoles, où de super-profs finiront de polirceux qui seront les cadres de la nation. Les autres, s'ils y sont autorisés, pourrontrempiler pour une troisième année et retenter leur chance, ou partiront se chercherd'autres chemins dans le vaste monde.
S'il n'opérait que la sélection de quelques-uns au détriment de tous les autres, il est probable que le système ne survivrait pas. Sa force - et son attrait - repose sur les travers de l'université qui perd plus de la moitié de ses effectifs en trois ans. Elle résulte aussi du caractère généraliste de son enseignement, qui assure aux élèves des connaissances que l'enseignement secondaire seul n'a pas permis d'acquérir, ou d'étayer. Ceux qui ne seront pas admis dans les grandes écoles utiliseront ailleurs les acquis de ces deux années à marche forcée.
A SOCIÉTÉ CRUELLE, FORMATION BRUTALE
A société cruelle, formation brutale. Dans le pamphlet effaré qu'il consacre à l'école française (On achève bien les écoliers, Grasset, 2006), l'Américain Peter Gumbelcompare les prépas françaises à l'armée américaine en guerre, telle qu'elle est représentée dans le film Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick. La comparaison est outrancière mais elle est historiquement juste. Créées au XVIIIe siècle, institutionnalisées sous la Révolution française puis le Premier Empire, les grandes écoles et la préparation qui devait y conduire étaient initialement destinées à formerdes ingénieurs et des cadres pour l'armée. Il leur en reste ce côté "Sir, yes Sir !" et cette ambiance de service militaire qui laisse à ceux qui l'ont connu des souvenirs ambigus, mélange de souffrance et de fierté. Ce que Gumbel stigmatise comme un "syndrome de Stockholm".
"Quand Napoléon crée les élites de la nation, ajoute la psychanalyste Claire-Marine François-Poncet, il remplace la noblesse de naissance par une noblesse de mérite. L'effort qu'on lui demande doit être à la hauteur des catastrophes de la Révolution et des guerres napoléoniennes. On a tué l'aristocratie de privilège. Il faut payer le crime."
"LA MOITIÉ DE LA CLASSE ÉTAIT SOUS ANTIDÉPRESSEURS"
Il n'existe pas de statistique du mal-vivre en classes préparatoires, de données sur les suicides, maladies, anorexies... Une étude avait bien été initiée, au début des années 1990. "Nous n'avons jamais eu ni l'argent ni l'adhésion des grandes écoles"pour la faire, expliquait la psychologue et épidémiologiste Marie Choquet, dans LeMonde Magazine, en 2010. Mais on peut aussi s'asseoir à une table, et laisserparler les étudiants, principalement en lettres et en maths (khâgneux et taupins, les structures fermées générant leur lexique). Dans un premier temps, ils insistent loyalement sur ce qu'ils ont gagné. Ils ont "appris à travailler""à s'organiser". Ils y ont trouvé une "ouverture d'esprit". Ils y ont gagné beaucoup de "rapidité", une grande facilité à "parler de tout". Et tout cela, certainement, est "inestimable ".
Chez les très bons élèves, ceux que leur triple héritage bourdieusien (social, financier, culturel) sur-adapte au système ou ceux, plus rares, que des dons singuliers distinguent, le constat en reste là : deux ou trois années enrichissantes et plutôt heureuses.
Mais chez les autres, les juste bons, les moins conformes, le discours se fissure vite. Il apparaît que l'inestimable se paie, cher. Ce sont les nuits de trop peu de sommeil, les repas avalés en vingt minutes, l'épuisement. Le sentiment de l'insuffisance, de l'incapacité, entretenu par quelques enseignants, minoritaires mais marquants, sur des élèves qu'ils "cassent". "Sans mentir, dit Valentine, qui sort d'une khâgne dans le nord de la France, la moitié de la classe était sous antidépresseurs." Pour Lucie, qui a quitté un lycée parisien pour un autre en banlieue, "plus humain" : "En khâgne, ils ont l'air morts. Ils vivent sous une pression totale."
Samuel, qui sort d'une classe étoile (le haut du panier scientifique) dans un lycée des Hauts-de-Seine, se souvient de "cette fille qui travaillait tellement qu'elle ne se faisait pas à manger. On l'a vue perdre dix kilos en quelques semaines". Salomé, qui a abandonné l'hypokhâgne pour préparer les Arts Déco, se revoit se lever "très tôt et fixer longtemps le plafond ; plus rien ne passait dans ma tête". Chez certains, le régime aboutit à la paralysie. "Cette année, je n'arrive plus à rédiger une dissert de philo, dit Lucie. Je me dis qu'il faut que je montre mes idées. J'ai trop peur." "Les moqueries publiques en colle sont cruelles, ajoute Clara, en khâgne à Paris. Je ne sais pas comment on est censé réagir dans des situations pareilles. Moi, je me recroqueville."
On leur a dit et répété qu'ils étaient la crème et le gratin, et les voilà dans le même temps traités comme des enfants un peu rétifs. Pour Samuel : "Je n'avais jamais eu l'impression, avant, d'être un délinquant qu'il fallait remettre dans le droit chemin." Il s'interroge : "C'est une politique d'intimidation dont je ne vois pas très bien l'utilité." Lors d'une épreuve de concours blanc (une semaine et demie d'examens, six heures d'épreuves par jour), Valentine fait un malaise et se retrouve à l'infirmerie "bondée d'élèves de prépa aux yeux rouges". Le médecin qu'elle consulte lui conseille de tout arrêter. L'enseignant auprès duquel elle s'excuse constate : "Je commence à en avoir marre de tous ces gens malades en pleine épreuve." Clara note : "Les absences prennent une importance considérable. Même avec un bon classement, si tu as des absences, tu n'es pas admis en khâgne. On a tous peur d'être malades."
"Est-ce qu'on est obligés d'en passer par là ?, se demande Lucie, qui n'est pas la seule à s'interrogerTu es tellement stressé que tu n'as plus le temps de voirl'essentiel, de bien travailler. Tu survoles, avec l'impression de faire toujours la même chose." "Tout est très rhétorique, on apprend à parler de ce qu'on ne connaît pas. La pensée n'est jamais globale", regrette Hélène, en khâgne dans le 5earrondissement de Paris. "A un moment, ça devient contre-productif, note Samuel.J'ai redécouvert le raisonnement mathématique en arrivant en fac."

sexta-feira, 10 de fevereiro de 2012

"Le Figaro" n'est pas "le bulletin d'un parti"


La couverture du "Figaro Magazine" du 11 février.
La couverture du "Figaro Magazine" du 11 février.DR

La Société des journalistes du Figaro a adopté, jeudi 9 février, à l'unanimité une motion pour affirmer que leur quotidien, "journal d'opinion, n'est pas le bulletin d'un parti, d'un gouvernement ou d'un président de la République".

"Les journalistes du Figaro […] demandent au directeur des rédactions de veiller à ce que les articles, mais aussi les titres et les manchettes rendent compte de manière complète et pluraliste de l'actualité sans occulter tel ou tel sujet au motif qu'il pourrait embarrasser l'actuelle majorité", précise la motion.
Le document souligne que "depuis plusieurs mois, les motifs d'interrogation se sont accumulés pour la rédaction, ainsi que les manchettes à sens unique suscitant l'ironie dans les revues de presse". Ce texte devait être présenté ensuite au directeur de la rédaction, Etienne Mougeotte. Mais un journaliste l'a pris en photo avant de le faire circuler sur le réseau social Twitter.
Depuis plusieurs mois, le quotidien multiplie les manchettes et les titres favorables à Nicolas Sarkozy et les critiques sur le Parti socialiste. "Il y a une véritable lassitude dans la rédaction, explique un journaliste. Le but de cette motion est deréaffirmer des valeurs auxquelles nous tenons plutôt que de créer une crise avec la direction." Confronté à ces demandes, Etienne Mougeotte avait répondu aux journalistes lors d'un comité d'entreprise : "Si vous n'êtes pas contents, vous n'avez qu'à aller travailler à Libération."
Xavier Ternisien

"Ferme ta gueule Nora Berra, ferme ta gueule Nadine Morano"


"Ferme ta gueule Nora Berra, ferme ta gueule Nadine Morano"

"Ferme ta gueule, Nora Berra. Ferme ta gueule, Nadine Morano." Ainsi François Morel a-t-il débuté son billet d'humeur, vendredi 10 février sur France Inter. A la première, secrétaire d'Etat chargée de la santé, il reproche d'avoir"recommandé au SDF d'éviter de sortir de chez eux", en référence à une série de recommandations publiée sur son blog le 4 février et conseillant à certaines populations fragiles, dont "les sans-abris" d'"éviter de sortir".
François Morel fustige également la seconde, "qui trouve qu'Eva Joly a un problème d'accent et de physique, Nadine Morano ayant essentiellement un problème de cerveau". Dans un entretien au Parisien le 8 février, la ministre de l'apprentissage avait affirmé que "le problème d'image d'Eva Joly ne vient pas que de son accent, c'est aussi physique. On sent du coup qu'il n'y pas de communicant derrière. Contrairement à Ségolène Royal, qui en 2007 est allée jusqu'à la médecine esthétique et la correction dentaire".
"Au nom de tous les chroniqueurs, merci à tous. Je me demande quand même si mâcher le travail des humoristes nécessiteux à ce point-là n'est pas un peu tuer le métier…", poursuit François Morel dans son billet.

Serge Letchimy, l'héritier de Césaire par qui arrive la réplique à Guéant


Voici son intervention dans son intégralité :
"Nous savions que pour M. Guéant la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante et qu'il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique. Ca n'est pas un dérapage, c'est une constante parfaitement volontaire. En clair, c'est un état d'esprit et c'est presque une croisade. M. Guéant vous déclarez du fond de votre abîme, sans remord ni regret, que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées voire supérieures."
"Non M. Guéant, ce n'est pas "du bon sens", c'est simplement une injure qui est faite à l'Homme. C'est une négation de la richesse des aventures humaines. C'est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations. Aucune civilisation ne détient l'apanage des ténèbres ou de l'auguste éclat. Aucun peuple n'a le monopole de la beauté, de la science du progrès ou de l'intelligence. Montaigne disait "chaque homme porte la forme entière d'une humaine condition". J'y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l'ombre."
"Vous nous ramenez, jour après jour, à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. Le régime nazi, si soucieux de purification, était-ce une civilisation ? La barbarie de l'esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice ?"
"Il existe, M. le premier ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque, que vous tentez de récupérer sur les terres du FN [À ce moment-là,François Fillon se lève et part, suivi du gouvernement]. C'est un jeu dangereux et démagogique qui est inacceptable. Il existe une autre [France], celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire ou d'autres encore. Une France qui nous invite à la reconnaissance, que chaque homme..." [M. Letchimy est alors coupé par le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer].
Peu après l'incident, le premier ministre a demandé dans un communiqué aux responsables de l'opposition de condamner "une provocation indécente".

quarta-feira, 8 de fevereiro de 2012

Os Piegas

Os pais da grande nação portuguesa já tinham tomado as suas medidas para corrigir o comportamento dos seus filhos. Começaram por os ameaçar com a vinda do papão, de saco às costas, para os levar algures para o inferno; não deu resultado. Cortaram-lhes a mesada; os ingratos dos portugueses, filhos desses pais estremosos, não saíram para a rua a partir montras, a queimar carros ou a fazer explodir aviões. Proibiram-nos, então, de ir ao carnaval; e nada. Vá, filhos dos pais da grande nação portuguesa, não sejam piegas. Ouçam o pai que provisoriamente ocupa o lugar de pai-mor: não sejam piegas. Peguem em vós e escolham outros pais, que estes já não servem. É que, na próxima vez, vão todos para o quarto escuro, e aí é que vai ser o diabo.

sexta-feira, 3 de fevereiro de 2012

Pour ne pas sombrer comme la Grèce, le Portugal a besoin d'une intervention immédiate


Pour ne pas sombrer comme la Grèce, le Portugal a besoin d'une intervention immédiate

LEMONDE.FR | 02.02.12 | 19h50   •  Mis à jour le 03.02.12 | 08h02
Des milliers de Portugais, notamment des fonctionnaires, ont manifesté dans tout le pays le 24 novembre pour dénoncer les mesures d'austérité.
Des milliers de Portugais, notamment des fonctionnaires, ont manifesté dans tout le pays le 24 novembre pour dénoncer les mesures d'austérité.REUTERS/RAFAEL MARCHANTE

Les négociations autour de la restructuration de la dette grecque ont largement éclipsé les difficultés d'un autre pays du sud de l'Europe, le Portugal. Pourtant, les manifestations contre le plan d'austérité auquel il est soumis continuent. Jeudi 2 février, les transports publics urbains étaient paralysés pour la troisième fois depuis le mois de novembre.

Syndicats et travailleurs protestent contre la suppression d'emplois publics et la baisse des salaires imposées par le gouvernement portugais dans le cadre de la restructuration des entreprises nationales de transports – secteur dont la dette accumulée s'élevait fin 2010 à près de 17 milliards d'euros, soit près de 10 % du PIB national.
De plus, ce plan d'austérité prévoit une ambitieuse réforme du marché du travail, qui supprime entre autres quatre jours fériés et trois jours de congés payés, et assouplit les horaires de travail. S'ajoute à cela une hausse des impôts et une baisse du salaire minimum.
Tout comme en Grèce, ces mesures radicales conditionnent l'obtention de l'aide exceptionnelle de 78 milliards d'euros dont bénéficie le Portugal, dans le cadre d'un plan de sauvetage européen. L'objectif : empêcher à tout prix le pays de seretrouver dans la même situation qu'Athènes, dont le défaut de paiement pourraitintervenir fin mars, si les négociations en cours avec les créanciers n'aboutissaient pas en faveur d'une décote suffisante.
AUGMENTATION INQUIÉTANTE DES CDS
Or, le risque d'un défaut portugais se fait de plus en plus menaçant. Signe que ce scénario est sérieusement envisagé par les investisseurs, les taux d'emprunts à court terme sont plus élevés que ceux à long terme, qui ont eux-même pourtant fortement augmenté. Lundi, le rendement de l'emprunt portugais à dix ans s'inscrivait à 17,20 % – soit plus de dix points de pourcentage au-dessus du niveau généralement présenté comme intenable – alors que celui sur la dette à deux ans ressortait à 20,875 %. Rappelons que du fait de sa fragilité, les bons du Trésor portugais ont été "bannis" des marchés, au moins jusqu'en 2013.
Plus alarmant encore, le coût d'une assurance contre un défaut (CDS) portugais est monté en flèche depuis la dégradation de la note du pays, relégué, mi-janvier, dans la catégorie des fonds dits "spéculatifs" ("junk"). Le manque de confiance des investisseurs est tel que les banques exigent désormais que les CDS soient réglés comptant, ce qui n'est d'ordinaire pas l'usage. A ce prix, la dette portugaise est, juste derrière la grecque, celle qui coûte le plus cher à garantir.
"Le fait que le prix des CDS augmente est très inquiétant car c'est un phénomène auto réalisateur sur les marchés : dans l'économie réelle, si vous payez votre assurance auto plus chère, cela ne veut pas dire que vous avez plus de chances d'avoir un accident, alors que sur les marchés financiers, il y a une relation de parité entre la prime d'assurance et le taux d'intérêt auquel emprunte le pays. Dans le cas du Portugal, cela veut dire que le risque de défaut est plus élevé", s'alarmeAnne-Laure Delatte, économiste à la Rouen Business School.
"IL FAUT CASSER LA SPIRALE NÉGATIVE"
Pour autant, les risques pesant sur la dette portugaise sont difficilement comparables à ceux qui minent la Grèce, car l'endettement du Portugal est bien moindre. Sa dette publique en est le meilleur exemple puisqu'elle représente 101,7 % du PIB, quand Athènes cherche à ramener la sienne à 120 % du PIB d'ici à 2020, et ce après restructuration de sa dette. Mieux encore, le déficit public du Portugal devrait atteindre 4,5 % du PIB fin 2011, soit un taux bien en deçà de ce que Lisbonne s'était fixé comme objectif.
Et c'est justement la raison pour laquelle il faut agir tout de suite. "Il faut casser la spirale négative dans laquelle le Portugal est enfermé, car plus le paiement des intérêts augmente, plus sa dette augmente, donc il faut agir le plus rapidement possible pour ne pas reproduire l'erreur faite en Grèce, où on a laissé la situation s'aggraver pendant plus d'un an avant de réagir", prévient Mme Delatte.
Selon elle, "il faudrait que la Banque centrale européenne et le Fonds européen de stabilité financière se substituent de manière plus importante aux investisseurs et prêtent directement au Portugal, à des taux moins élevés". D'ailleurs, le rendement de l'emprunt portugais à dix ans ayant dépassé 17 % cette semaine, la BCE s'est vu contrainte d'intervenir pour acheter de la dette portugaise sur le marché secondaire.
"Si cela ne suffit pas, il faudra alors rapidement envisager une restructuration de la dette portugaise. Cela ne signifie pas forcément un défaut, mais plutôt, dans un premier temps, l'allongement de la maturité de la dette", estime Anne-Laure Delatte.
La situation est préoccupante, donc, mais une intervention rapide de la zone euro pourrait largement limiter la casse et éviter une redite du casse-tête grec, qui n'en finit plus de mobiliser acteurs du public et du privé et qui n'a, pour le moment, toujours pas trouvé d'issue.